Editorial do Le Monde (sublinhados meus):

Le système offshore, cet ennemi patenté de la démocratie

Photographie d'une agence de la First Bank, un établissement bancaire situé à Antigua, extraite de la série "Offshore", de Philippe Durand, réalisée dans divers paradis fiscaux des Caraïbes.

Editorial, par la directrice du Monde. Que n’avait-on entendu, au lendemain de la convulsion financière mondiale de 2007-2008 ! Les mots d’ordre claquaient: la finance internationale serait mieux régulée, les paradis fiscaux impitoyablement combattus, bref, on en finirait avec les trous noirs d’un système couvrant tous les abus. Les conclusions d’un G20 tenu à Londres se voulaient très vertueuses. Les Etats de ce cénacle promettaient “des mesures contre les paradis fiscaux”, brandissaient la menace de sanctions et assuraient à tout-va que “l’époque du secret bancaire était terminée”.

Après la crise qui vient de secouer Chypre, place offshore prisée par les oligarques russes et autres amateurs d’opacité dans la gestion de leurs affaires, nous voici, en France, dans le tourbillon de l’affaire Cahuzac, un scandale d’Etat qui met en cause la probité et la transparence élémentaires réclamées de tout responsable politique, a fortiori de haut rang. L’actualité est parfois faite d’enchaînements vertigineux. Que les choses soient claires : l’enquête que Le Monde commence à publier aujourd’hui, consacrée au maquis des paradis fiscaux à l’échelle mondiale, à leur fonctionnement occulte et à leurs bénéficiaires de tous horizons, ne prend son point de départ ni dans les tumultes de Nicosie ni dans les démêlés de M. Cahuzac.

Cette investigation a été lancée voici des mois. Elle se base sur l’accès sans précédent qu’un consortium international de journalistes d’investigation a pu avoir à une gigantesque base de données, révélant les dessous du monde offshore. 2,5 millions de fichiers ont été épluchés, comparés, recoupés. Le résultat : la mise à nu du maillage tentaculaire de la finance de l’ombre. Dans cette masse de documents, deux banques françaises sont mentionnées. Ainsi que l’ancien trésorier de la campagne de François Hollande en 2012, Jean-Jacques Augier, qui assure ne rien avoir fait d’illégal en recourant, pour un partenaire chinois, à des montages offshore.L’exposition de cas individuels, aussi saisissants soient-ils, ne doit pas masquer le fond du problème : les paradis fiscaux sont une menace pour la démocratie. Ils minent l’état de droit en jouant sur la dissimulation. Ils sont l’aubaine absolue des fraudeurs de tous bords. Ils favorisent le détournement de richesses publiques dans les Etats où fleurissent concussion et corruption. Dans cet univers de créativité juridique semble-t-il illimitée, ce sont des sommes colossales qui se cachent derrière des sociétés écrans. De riches particuliers y détiendraient au total, l’équivalent des PIB des Etats-Unis et du Japon additionnés. Nul ne pourra prétendre, à la lumière de cette enquête, que les dirigeants politiques, malgré leurs dires, se soient donné les véritables moyens d’agir. Il est urgent de renforcer les règles, les moyens de contrôle, la coopération transfrontalière. La lutte contre le blanchiment passe par là. Et les banques occidentales amatrices de schémas opaques pourront difficilement faire l’économie de réponses claires. Du moins si elles veulent que, à l’heure de la crise, crédit soit accordé à leurs professions de foi sur l'”éthique”.

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Natalie Nougayrède